'Prochainement : MEGA - Milano, 2026'
'Natantes in Peccatum'
œuvre d'Alison Flora
« L’une d’entre elles émerge d’un bateau de Reynishöfn, et en est la capitaine : Petrónella d'Ástún, veuve et vierge, portant de longs cheveux noirs qui lui descendent jusqu'aux genoux, des yeux noirs et possédant une vigueur remarquable. Elle porte des bagues à tous les doigts, et des anneaux aux oreilles et au nez. Certains prétendent qu'elle en a aussi ailleurs, mais je ne souhaite pas savoir si une telle étrangeté est possible. Petrónella porte d’amples vêtements composés de vaðmál, de manière à ce que personne ne connaisse son corps.
D'autres soutiennent qu'elle est un homme, ou mi-femme mi-homme, comme Dieu nous a créés au commencement. »
Dans son roman « Jón » (2010), qui se déroule à la fin du XVIIIe siècle en Islande, l’écrivain Ófeigur Sigurðsson (1975) donne vie à Petrónella d’Astun, figure féminine mystique nimbée d’un halo mystérieux qui ne cesse de faire parler la société islandaise d’alors.
Sirène ou sorcière -ou peut-être les deux-, elle semble détenir ce précieux pouvoir tant convoité par ses concitoyens : celui de savoir nager.
Étrange paradoxe que celui de ces hommes passant une grande partie de leur existence en mer, habités par la peur d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil.
Sigurðsson fait de Petrónella une héroïne, un personnage anachronique pouvant émerger d’une saga médiévale comme de notre monde contemporain.
Alison Flora (1992), choisit de l’incarner sur papier par son propre sang.
Car Petrónella est Alison, Alison est Petrónella.
L’artiste toulousaine ancre sa pratique performative au cœur d’un mouvement circulaire qui flirte avec l’idée d’une œuvre d’art totale.
Son corps crée des œuvres, de par sa main, de par son sang.
Des pièces destinées à vivre une vie autonome, à se rattacher au cycle du vivant.
Dans son œuvre, Alison Flora cultive l’ambiguïté de la femme enchanteresse qui, par son abondante et organique chevelure (formant le cours d’eau), maintient chaque visage à la surface, comme un soutien, une aide, un accompagnement pour éviter aux figures de sombrer.
Ces mêmes personnages sont repêchés de l’eau, apaisés, endormis ou simplement morts.
Petrónella projette l’humain du XVIIIe vers la modernité. Alison, qui met en scène l’horreur contemporaine, lui donne à voir sans détour les errements de notre société actuelle.
'Petrónella, 2026'